Blanche,

Lucas est bien arrivé. J'attends mon père qui, paraît-il, vient nous rejoindre la semaine prochaine. J'aurais aimé qu'il me prévienne mais bon, passons...

Avec tout ce que je viens d'apprendre de la bouche de notre fils, plus rien ne peut me surprendre. Je ne sais pas ce qui se passe à Marseille, dans notre quartier naguère si tranquille, mais là, c'est n'importe quoi!

Alors, je ne sais pas, envoie moi Johanna ou quitte ce quartier devenu l'endroit le plus malsain de la planète mais fais quelque chose et arrête de t'enfouir la tête dans le sol pour une fois.

Je sais que je ne suis pas étranger à tout ce qui nous est arrivé! Loin de là! Mais j'en ai assez! Assez de courber l'échine, de dire amen à tout le monde, assez de ménager les uns et les autres, assez de me faire traiter comme le dernier des derniers! (même si, encore une fois, j'ai bien mérité ton mépris ces derniers temps) Mais à force de prendre les gens pour des chiens, les "gens" réagissent! Mal? Peut-être.

Mais je n'avais plus grand chose à quoi me raccrocher, tu m'avais fait trop mal. Et maintenant, ça dépasse tout! Comment as-tu pu imaginer une seule seconde que tu pouvais te permettre de me cacher la tentative de suicide de ma fille, les problèmes de Lucas? De quel droit? Parce que je n'étais pas là? Parce que tu veux me faire payer notre séparation?

Je suis furieux donc. Et je me demande bien quelle surprise encore tu réserves à tes enfants, à nous et à toi-même!

J'ai appris que tu te présentais aux élections cantonnales. J'espère que tu t'occuperas mieux de tes électeurs que de tes enfants! Je sais, ce n'est pas gentil ce que je te dis là, mais je crois que je ne me tairai plus jamais et que si j'ai quelque chose à dire, je le dirai. J'ai changé, certainement, je me suis endurci, certainement. Et je te garantis que plus rien ne sera jamais plus comme avant.

Et j'espère sincèrement que tu vas gagner ces élections, arrêter ton travail d'institutrice et vivre enfin ce que tu dois vivre.

Mon problème à moi est très simple : je t'aime encore et je t'aimerai toujours. Malgré tout, malgré toi, malgré moi.

Malgré ce qui ne manquera pas d'arriver...